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Dragon Quest I & II + III HD-2D Remake
Square Enix
Avis & critique

Dragon Quest I & II + III HD-2D Remake

Il y a des jeux qui ont simplement vieilli, et d'autres, comme fondateurs du genre, qui conservent un intérêt vidéoludique même après plusieurs décennies. La série Dragon Quest entre dans la seconde catégorie, ayant clairement posé des bases du J-RPG contemporain, malgré le poids des années, et toujours fortement ancrée dans les traditions.

Et hasard de l'époque, depuis quelque temps, le style HD-2D a le vent en poupe chez Square Enix, avec des productions héritées des années 90. Alors à l'occasion des 35 ans de Dragon Quest, quels meilleurs candidats pour l'exercice qu'une version modernisée de la première trilogie ? Mais est-il possible de retravailler un jeu sorti il y a trois décennies sans le dénaturer ?

Alexis27 Octobre 2026

« À l'occasion, je vous mettrai un petit coup de polish »

La première chose qui saute aux yeux, évidemment, c'est la direction artistique. On retrouve cette fameuse esthétique HD-2D déjà vue chez Square Enix, avec ses personnages en sprite, ses environnements en 3D, ses jeux de lumière et ses effets particulièrement réussis. Mais Dragon Quest conserve son identité : le résultat est magnifique sans jamais donner l'impression de trahir les jeux originaux.

Les villages deviennent vivants, les châteaux mettent en avant leurs richesses, les cavernes sombres s'éclairent dynamiquement sous la torche de notre héros et les grandes tours majestueuses gagnent en immensité. Les effets magiques deviennent plus impressionnants visuellement et l'ensemble n'a clairement pas à rougir d'une réalisation contemporaine.

Les châteaux mettent en avant leurs richesses
Crédit images : Square Enix

Ce ravalement de façade permet aussi de mettre en avant la direction artistique somptueuse de l'aventure, des personnages aux monstres, aujourd'hui devenus iconiques, tout droit sortis de l'imagination du regretté Akira Toriyama. Alors bien sûr, ces remasterisations conservent le côté résolument statique de l'époque. Il ne faudra pas compter sur des combats avec une mise en scène des plus spectaculaires et les dialogues se contenteront de quelques onomatopées pour apporter du dynamisme, mais finalement, est-ce un problème ?

Et bien entendu, la refonte ne se limite pas à l'aspect visuel. Quel bonheur de retrouver ces thèmes musicaux réorchestrés et livrés dans de la soie pour nos petites oreilles.

Derrière ces mélodies, on retrouve le travail de Koichi Sugiyama, compositeur historique de la trilogie, disparu en 2021. Ses compositions ont largement contribué à forger l'identité sonore de Dragon Quest, avec des thèmes tantôt héroïques, tantôt mélancoliques, qui évoquent parfois davantage la musique classique que la bande-son traditionnelle d'un jeu vidéo. Pour cette refonte, ces morceaux prennent une nouvelle dimension grâce à leur interprétation symphonique, notamment par le Tokyo Metropolitan Symphony Orchestra. Une véritable mise en valeur de compositions qui ont traversé les décennies sans perdre de leur superbe.

Trois jeux, trois époques… mais enfin une vraie trilogie ?

À l'époque, un an séparait chaque épisode, une éternité à l'échelle du jeu vidéo, surtout pour des jeux partageant de nombreux aspects. Mais cette trilogie a la bonne idée d'uniformiser l'expérience en adaptant les mécaniques, les visuels, le confort de jeu et l'interface. Bref, un joueur pourra passer d'un épisode à l'autre sans se sentir dépaysé. Le fossé historique existe toujours, mais il est beaucoup moins brutal.

Cette homogénéité permet aussi d'aborder ces versions différemment des originales. Les développeurs ont dû adapter certaines mécaniques pour que l'ensemble fonctionne selon des standards plus modernes, quitte à gommer quelques aspérités qui témoignaient de l'évolution de la série. Le premier épisode, notamment, n'est plus aussi rude qu'autrefois lorsqu'on le replace dans cette trilogie repensée comme un tout. Il conserve néanmoins des particularités qui rappellent ses origines, et certains archaïsmes ont la vie dure.

Une grande fresque en trois volets
Crédit images : Square Enix

C'est finalement ce qui rend cette collection intéressante : plutôt que de proposer trois remakes indépendants, elle propose une expérience cohérente, dans laquelle chaque épisode s'inscrit naturellement dans la continuité du précédent. On perçoit toujours les différences entre les trois aventures, mais elles ne donnent plus l'impression de provenir de jeux conçus à des époques différentes. Le sentiment de parcourir une grande fresque en trois volets est bien présent, même si cette harmonisation fait parfois perdre un peu de la perspective historique de la trilogie originale.

Explorer, combattre, devenir plus fort

Avant de devenir une licence légendaire, Dragon Quest est avant tout une adaptation du jeu de rôle traditionnel aux contraintes des consoles, avec des mécaniques parfois simplifiées pour les rendre plus accessibles. Ces aventures sont donc de véritables appels à l'exploration : parcourir un monde dans lequel on se sent immergé, discuter avec ses nombreux habitants pour découvrir son prochain objectif… Le charme de ces jeux trentenaires est toujours bien présent, et reste étonnamment intact malgré le poids des années.

Et bien entendu, comment passer à côté des combats ? Dans la plus pure tradition des J-RPG, ils sont nombreux et aléatoires, et peuvent parfois surgir au pire moment. Pourtant, la formule fonctionne toujours ! Les affrontements restent rapides, les sorts et les compétences ont leur importance, et les faiblesses des ennemis sont désormais affichées. Un ajout bienvenu qui permet d'adapter ses attaques plutôt que de simplement enchaîner les coups physiques. Comme dans la plupart des J-RPG, il est également possible de laisser la console contrôler ses équipiers. Et il faut reconnaître qu'elle s'en sort plutôt bien.

Des combats nombreux, qui surgissent parfois au pire moment
Crédit images : Square Enix

La progression repose alors sur une boucle particulièrement naturelle : on explore, on combat, puis l'expérience et l'argent accumulés permettent de renforcer son équipe et de poursuivre l'aventure toujours plus loin. Malheureusement, certains pics de difficulté peuvent surgir en cours de route, notamment dans le premier épisode, mais nous y reviendrons. Le jeu encourage également à revisiter des lieux déjà parcourus, en récompensant généreusement notre curiosité avec des coffres ou des passages qui ne deviennent accessibles que plus tard dans l'aventure.

Néanmoins, les trois épisodes conservent de véritables différences. À l'origine, le premier Dragon Quest ne proposait que des combats en un contre un, puisque l'aventure ne comptait qu'un seul protagoniste. Cette version HD-2D emprunte toutefois des idées aux épisodes suivants pour proposer des affrontements plus riches, face à plusieurs ennemis, et ainsi dynamiser les combats sans trahir les fondations du jeu.

Dragon Quest II adopte une approche différente, avec une équipe prédéfinie dont chaque membre possède sa propre personnalité et s'inscrit dans l'histoire. Les possibilités de personnalisation sont donc plus limitées, mais cette structure donne davantage de place à la complémentarité des personnages.

Dragon Quest III pousse quant à lui les choses plus loin en proposant de façonner son équipe presque de toutes pièces, à la manière d'un jeu de rôle sur table. Le système de Vocations permet de composer un groupe varié et polyvalent, ou au contraire de miser sur une équipe de gros bourrins préférant faire parler leurs poings. Une liberté qui donne à cet épisode une dimension stratégique supplémentaire.

Une équipe à composer presque de toutes pièces
Crédit images : Square Enix

Enfin, du contenu a été ajouté aux trois jeux afin d'enrichir les aventures, de les rendre plus agréables à parcourir, d'apporter davantage de contexte à l'histoire et d'offrir de nouvelles possibilités. Ces ajouts s'intègrent naturellement à l'ensemble, sans donner l'impression de dénaturer des jeux qui ont désormais plus de trente ans.

Malgré son classicisme, Dragon Quest démontre ainsi qu'un gameplay solidement maîtrisé peut traverser les décennies. Plutôt que de tout révolutionner, cette trilogie modernise ses fondamentaux avec suffisamment d'intelligence pour rendre ces aventures toujours aussi efficaces aujourd'hui.

Le III pour commencer, le I pour souffrir

On ne va pas se mentir : Dark Souls, c'est pour les gosses !

Plus sérieusement, si Square Enix a retravaillé de nombreux aspects de ses jeux, la difficulté pourra rebuter plus d'un joueur. Ou du moins… une difficulté qui dépend en partie des options de confort mises à notre disposition.

Concrètement, on retrouve tout ce qui fait le sel des productions contemporaines de l'éditeur : la possibilité d'accélérer les combats (INDISPENSABLE), de devenir invincible, de multiplier les gains d'argent ou d'expérience, ou encore d'afficher directement son prochain objectif sur la carte. Mais cette dernière option est particulièrement paradoxale. En guidant constamment le joueur, elle réduit drastiquement l'exploration et la découverte, pourtant au cœur de l'expérience. On passe alors à côté de coffres, de passages cachés et, surtout, de combats qui auraient naturellement permis de gagner de l'expérience et de l'argent.

Mieux vaut arriver préparé
Crédit images : Square Enix

Le résultat ? Une progression qui peut rapidement devenir laborieuse, voire frustrante, alors même que l'on dispose d'options censées nous faciliter la vie. Le joueur qui souhaite simplement suivre l'histoire sans trop se poser de questions risque ainsi de se retrouver contraint d'activer le multiplicateur d'expérience, voire l'invincibilité, pour compenser son manque de préparation.

Pour profiter pleinement de ces aventures, mieux vaut donc résister à la tentation de suivre aveuglément le marqueur de quête et prendre le temps d'explorer. Quant à l'invincibilité et aux multiplicateurs, ils restent évidemment disponibles pour ceux qui souhaitent avant tout découvrir l'histoire. Après tout, encore faut-il choisir le confort qui nous convient, plutôt que celui qui finit par nous compliquer la tâche !

Une trilogie ou trois jeux séparés ?

Au départ, seul Dragon Quest III HD-2D Remake était prévu. Square Enix a finalement décidé de lui adjoindre ses deux grands frères, Dragon Quest I et II, dont les événements se déroulent chronologiquement après ceux du troisième épisode. Il n'est donc pas idiot de commencer par ce dernier, d'autant qu'il est le plus abouti des trois et propose une aventure complète. Les nouveaux venus peuvent ainsi découvrir les origines d'Elric sans être submergés de références aux épisodes précédents.

Commencer par le III, puis enchaîner si l'envie est toujours là
Crédit images : Square Enix

Comme évoqué plus haut, Dragon Quest I est aussi le moins accueillant, avec son héros solitaire, sa difficulté plus élevée et ses mécaniques plus archaïques. Son univers, déjà solidement établi, pourra également dérouter ceux qui découvrent la série. Je conseillerais donc de commencer par le troisième épisode, puis d'enchaîner avec le premier et le deuxième si l'envie est toujours là. Une façon de découvrir les fondations du J-RPG, de comprendre ce qui a fait le succès de la licence, ou tout simplement de jouer à trois bons jeux. Après tout, c'est bien là l'essentiel.

Le verdict

Dragon Quest I, II et III sont des pierres angulaires du J-RPG, sublimées pour leurs 35 ans. Sans jamais renier le passé, les équipes de Square Enix ont accompli un formidable travail de modernisation, en harmonisant les mécaniques et en améliorant le confort de jeu pour offrir la meilleure expérience possible.

Dommage que, pris individuellement, les épisodes les plus anciens conservent certaines limites de leur époque, parfois difficiles à ignorer aujourd'hui. Malgré tout, cette trilogie reste une valeur sûre pour quiconque souhaite découvrir l'un des fondements du J-RPG. Une belle occasion de comprendre d'où vient le genre, sans avoir à faire totalement abstraction des années qui nous en séparent.

Ce qui marche
  • Une superbe refonte visuelle
  • Une boucle de gameplay qui fonctionne
  • Un véritable appel à l'aventure
Ce qui pèse
  • Une difficulté relevée
  • Certains protagonistes proches de coquilles vides
Pour qui ?

Pour les joueurs souhaitant vivre (ou revivre) les histoires d'Elric dans les meilleures conditions qui soient, ou qui souhaitent découvrir les racines du J-RPG.

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