
Silver Pines
Et si le meilleur moyen de renouveler le Metroidvania était de lui apprendre à ralentir ? Avec Silver Pines, le studio Wych Elm propose une aventure sombre qui emprunte autant au jeu d'exploration qu'au survival horror. Une formule qui délaisse la nervosité habituelle du genre pour miser sur la tension, la gestion des ressources et le plaisir de se perdre dans une ville pleine de mystères.
Mettons-nous dans la peau du détective Walker, parti à la recherche d'Eddie Velvet, et voyons si ce mélange d'exploration et de survie horrifique parvient à tenir toutes ses promesses.
Un Metroidvania qui perd son sang-froid ?
Quand on pense au Metroidvania, on imagine souvent un personnage agile, des déplacements nerveux et des combats qui s'enchaînent rapidement. Si Silver Pines conserve une partie de ces fondamentaux, il puise davantage son inspiration du côté de Resident Evil que de Hollow Knight. L'exploration se fait à un rythme plus posé, dans une ville portuaire inquiétante où chaque déplacement peut devenir une source de tension.
Difficile alors de ne pas penser à Alan Wake, à Twin Peaks ou encore à X-Files devant cette ambiance réaliste, ces éclairages travaillés et cette impression persistante que quelque chose ne tourne pas rond. La rotoscopie utilisée pour les animations participe également à cette identité visuelle. Si elle donne aux mouvements un rendu très réaliste, leur fluidité tranche parfois avec celle du reste du décor. Les personnages et les créatures semblent alors évoluer avec une certaine raideur, qui contribue paradoxalement à leur donner un aspect étrange, voire inquiétant. Mais là où ces références évoquent surtout le thriller et le fantastique, Silver Pines s'appuie sur des mécaniques de survie qui rappellent davantage Resident Evil et Silent Hill.
Le jeu ne cherche pas à réinventer chaque élément de sa formule, mais plutôt à les associer différemment. On fouille, on collecte, on résout des énigmes, on retourne dans des endroits déjà visités et l'on tente de survivre aux créatures qui peuplent les lieux. Le tout dans une atmosphère suffisamment réussie pour donner envie de poursuivre l'aventure, même lorsque le jeu nous met à l'épreuve, c'est-à-dire un peu tout le temps.
Quand on arrive en ville !
C'est probablement l'une des plus grandes réussites de Silver Pines, et elle porte même le nom du jeu : sa ville ! Construite de manière logique et crédible, avec ses commerces, ses habitations et ses différents espaces, elle donne le sentiment d'explorer un lieu cohérent plutôt qu'une succession de salles pensées uniquement pour le gameplay. La ville de Silver Pines devient ainsi un véritable terrain de jeu abandonné, là où il reste parfois difficile de croire à la crédibilité d'un commissariat ou d'un manoir à la Resident Evil (on se l'avoue, allez).
Cette approche modifie aussi notre manière de nous déplacer. Contrairement aux Metroidvania classiques, où l'exploration repose souvent sur une certaine verticalité, les déplacements se font ici davantage dans la profondeur. On navigue ainsi entre les rues, les immeubles et leurs sous-sols, en s'aidant de notre carte. Bien conçue, celle-ci demande néanmoins un petit temps d'adaptation avant d'être parfaitement maîtrisée. Il est même possible de détruire certains murs pour se frayer de nouveaux chemins, une excellente idée sur laquelle nous reviendrons plus tard.
Cette cohérence se retrouve jusque dans les interactions avec l'environnement. Silver Pines cherche à faire vivre ses mécaniques au sein même de son univers, plutôt que de les présenter comme de simples fonctionnalités de jeu. On peut notamment annoter sa carte en prenant des photos des éléments importants, afin de garder une trace des indices et des lieux à revisiter. La musique peut elle aussi provenir d'objets présents dans les décors, comme des radios, plutôt que de s'imposer artificiellement à l'action. Ces détails participent à la crédibilité de la ville et renforcent le sentiment d'évoluer dans un monde qui existe indépendamment de notre présence. C'est aussi ce qui fait la force de sa diégèse : les outils à notre disposition, les sons que l'on entend et les actions que l'on réalise s'intègrent naturellement à l'univers.
La structure de l'aventure reste néanmoins assez classique, dans la lignée d'un Resident Evil. La progression est ponctuée de clés à trouver, de codes à déchiffrer et d'énigmes à résoudre. Ces dernières sont plutôt malines et nécessitent une bonne observation de l'environnement, ainsi qu'une utilisation intelligente des objets en notre possession. Bien sûr, l'exploration est toujours récompensée, et il est vivement conseillé d'annoter sa carte en prenant des photos des éléments clés pour ne rien oublier.
Voir ou payer, il faut choisir
Si l'exploration constitue l'une des composantes de Silver Pines, la survie dans ce milieu hostile représente l'autre moitié de la proposition. Les ressources doivent être utilisées avec parcimonie : il faut apprendre à gérer ses munitions, à viser avant de tirer et à économiser ses soins comme son équipement, sous peine de se retrouver rapidement en difficulté.
Les armes de corps à corps sont particulièrement intéressantes à cet égard. Si elles permettent évidemment d'économiser des balles, elles nous obligent aussi à nous rapprocher du danger. Elles peuvent également interagir avec le décor : le couteau, par exemple, permet de déchirer des bâches pour ouvrir certains passages. Le problème, c'est que ces armes ont une durabilité limitée et finissent par se briser si l'on ne les entretient pas. Il faut donc constamment arbitrer entre leur utilisation immédiate face au danger et la nécessité de les conserver pour poursuivre son exploration.
Comme évoqué précédemment, le jeu propose également de nombreux éléments destructibles. C'est au joueur de comprendre comment se débarrasser de tel ou tel obstacle. Un mur en bois pourra ainsi céder sous les coups d'un fusil à pompe, tandis qu'une paroi en béton fissurée demandera un outil plus adapté. Au joueur de s'improviser charpentier ou maçon !
L'exploration réserve d'ailleurs d'autres surprises que de simples passages à débloquer. En fouillant les environs, on peut notamment découvrir des améliorations pour ses armes ou agrandir son inventaire, de quoi faciliter la progression et mieux préparer les prochaines confrontations. Les « souvenirs » méritent également notre attention : ils permettent d'obtenir des bonus passifs qui viennent améliorer les capacités du personnage. Autant de récompenses qui donnent une raison supplémentaire de sortir des sentiers battus et d'inspecter soigneusement chaque recoin de la ville.
À cela s'ajoute la gestion de l'inventaire. Porter plusieurs armes occupe rapidement de la place, ce qui nous oblige à préparer minutieusement notre besace et à stocker le superflu dans les fameux « coffres magiques ». Faut-il partir léger, au risque de manquer de puissance de feu, ou s'équiper lourdement, quitte à devoir délaisser certains objets en chemin ? Le jeu nous pousse constamment à faire des choix.
La gestion de l'argent est tout aussi intéressante. Si elle permet d'acheter des objets utiles auprès des distributeurs, elle sert également à sauvegarder sa progression. On réfléchira donc à deux fois avant de tout dépenser dans des cartouches de fusil à pompe !
Et si même les menus étaient dangereux ?
L'une des idées les plus efficaces de Silver Pines tient à sa gestion du temps. Le jeu ne se met pas en pause lorsque l'on recharge son arme, que l'on consulte la carte ou que l'on se soigne. Toutes ces actions se déroulent en temps réel.
Cela peut sembler anecdotique, mais cette décision transforme des gestes habituellement anodins en moments de stress. Consulter son plan ou préparer son prochain déplacement n'est plus une simple parenthèse : il faut aussi tenir compte de ce qui se passe autour de soi.
Les combats suivent cette même logique. Les animations sont relativement lentes, les actions demandent du timing et il faut trouver une véritable fenêtre de répit pour recharger ou récupérer de la santé. On ne peut pas toujours foncer tête baissée en espérant que la puissance de feu suffira à régler le problème. Silver Pines nous rappelle ainsi que chaque confrontation comporte des risques et que la meilleure solution n'est pas toujours de vider son chargeur.
Malheureusement, cette exigence est parfois desservie par un système de collision imprécis, notamment face aux ennemis les plus rapides. Certaines attaques semblent difficiles à éviter, tandis que les coups portés ne paraissent pas toujours évalués avec suffisamment de précision. Ces situations peuvent rapidement devenir frustrantes, d'autant qu'une erreur se paie en munitions ou en soins. Quelques phases de plateforme souffrent également de ces imprécisions, avec des conséquences d'autant plus pénibles que les ressources sont précieuses.
On finit par s'adapter, notamment en apprenant à garder ses distances et à ne pas s'exposer inutilement. Le jeu reste globalement équilibré, mais certaines séquences donnent le sentiment que la difficulté provient davantage des limites de son système de collision que de nos propres décisions. C'est dommage, car cette tension permanente constitue justement l'une des grandes forces de l'aventure.
Une ambiance qui fait mouche
Artistiquement et techniquement, Silver Pines est une très belle réussite. Le jeu est beau, fluide et profite d'une direction artistique qui renforce constamment son identité. Les éclairages donnent du relief aux environnements, les décors rendent la ville crédible et les créatures dégagent une présence véritablement inquiétante.
Le nombre de types d'ennemis n'est pas particulièrement élevé, mais cela ne constitue pas un problème majeur. Le jeu parvient à installer une atmosphère suffisamment forte pour que les rencontres restent marquantes. Le sound design y contribue beaucoup : certains dangers peuvent être identifiés grâce aux bruits qu'ils produisent, ce qui nous pousse à écouter attentivement notre environnement plutôt qu'à nous fier uniquement à ce que l'on voit.
La musique, quant à elle, sait rester discrète. Elle s'intègre à l'univers, parfois par l'intermédiaire de radios présentes dans les décors, plutôt que de chercher à souligner constamment chaque instant. Les effets sonores, très soignés, renforcent cette impression de réalisme et participent à l'atmosphère oppressante de l'aventure.
Le doublage anglais est lui aussi de grande qualité. Associé aux animations et aux réactions du personnage, il contribue à rendre crédible son état psychologique et à entretenir cette sensation de malaise qui accompagne l'aventure.
Enfin, l'histoire sait entretenir la curiosité. Un mystère se dessine progressivement, et certains soupçons peuvent émerger assez tôt, sans que l'on sache nécessairement si l'on a vu juste. Mais à mesure que l'on s'enfonce dans les secrets de cette ville, les certitudes s'effritent et les questions se multiplient. Une chose est sûre : la piste d'Eddie Velvet est loin d'avoir livré tous ses secrets. Reste à savoir ce que le détective Walker découvrira au bout de cette enquête… et si la vérité est vraiment celle que l'on imagine.
Silver Pines n'est pas le Metroidvania le plus conventionnel, et c'est justement ce qui fait son intérêt. En privilégiant la survie, l'exploration et la tension plutôt que la nervosité habituelle du genre, il propose une aventure immersive dans une ville pleine de mystères.
On prend plaisir à fouiller ses moindres recoins, à dénicher des améliorations et à assembler les pièces d'un puzzle dont on veut absolument connaître le fin mot. Son ambiance soignée et ses mécaniques de survie donnent envie de poursuivre l'aventure, même lorsque le danger nous pousse à rebrousser chemin.
Malgré des collisions parfois frustrantes, le jeu de Wych Elm possède de solides arguments pour séduire les amateurs d'horreur et d'exploration. Une proposition singulière qui mérite qu'on se perde pendant plusieurs heures dans la ville de Silver Pines.
- Une ambiance sombre et une direction artistique soignée
- Une ville cohérente qui récompense l'exploration et la curiosité
- Des mécaniques de survie qui entretiennent la tension et donnent du poids aux décisions
- Des collisions parfois imprécises, notamment face aux ennemis rapides
- Une difficulté parfois punitive, face à certains ennemis ou lors de certaines phases de plateforme
Pour les amateurs de survival horror à la Silent Hill et les fans de Metroidvania prêts à troquer la nervosité contre une exploration plus posée et une bonne dose de tension.

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